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La parole est au comédien !

Une des belles choses du métier d’éditeur, c’est la sensation d’endosser, bien que modestement, le rôle de chef d’orchestre. Autour d’un projet de livre, on compose une équipe comme on composerait un orchestre de chambre : ici, un violon alto, là une contrebasse, à chacun son instrument de prédilection, à nous de diriger l’harmonieuse mélodie.

Pour Shakespeare à Venise , nous avions la chance, dès le départ, d’avoir réuni deux ténors dans un même ouvrage : le grand traducteur de l’œuvre de Shakespeare, Jean-Michel Déprats, et le maître de la transversalité culturelle, Michael Barry. Pourtant, il nous manquait encore une voix, celle de l’homme de scène, de l’acteur, capable de faire entendre le point de vue du comédien au corps à corps avec l’œuvre du dramaturge.

Nous l’avions admiré en Hamlet ; il nous avait fasciné en Richard II, et c’est en découvrant l’album illustré de la Pléiade qu’il a réalisé en 2016 que nous avons décidé de faire entrer en scène Denis Podalydès. En toute simplicité et avec beaucoup de générosité, il a répondu à notre appel en acceptant de découvrir nos maquettes illustrées d’Othello et du Marchand de Venise alors encore en travail. Sans hésiter, il a reconnu Iago, Desdemona, Bianca, Portia et Bassanio dans les portraits des Bellini, du Titien, Carpaccio et autres, que nous avions choisis et a apprécié les décors que nous étions en train de construire pour ces deux pièces. Alors il s’est mis à écrire. Et c’est vraiment sa voix qu’on entend dans la préface de notre ouvrage : Denis Podalydès exprime la sensation qui a été la sienne face à l’association du texte de Shakespeare aux œuvres de la Renaissance vénitienne. Il se souvient alors de son expérience de comédien à l’heure de se glisser dans la peau d’un personnage, de lui donner une allure. Il nous dit que l’image qui accompagne le texte fertilise l’imagination plutôt qu’il ne la contraint :

« L’imagination, partie au galop, crée des figures, les met en mouvement et les métamorphose en d’autres figures. La pièce entre en action. Et Venise est vivante. Quels meilleurs guides, quels meilleurs vaisseaux pour se transporter à Venise que les œuvres de Titien, Tintoret, Véronèse, Giorgione, Carpaccio ! »

Un très grand merci, Denis Podalydès, pour votre belle préface qui donne le la à la mélodie que nous avions rêvée pour Shakespeare à Venise .