Les Triomphes de Pétrarque

Les Triomphes de Pétrarque
Nouveauté À paraître

Les Triomphes de Pétrarque

illustrés par le vitrail de l'Aube au XVIe siècle

100 vitraux de l'Aube du XVIe siècle
336 pages, illustrées, au format 24,5 x 33 cm
1 volume sous coffret
ISBN 978-2-36437-090-6

Ce livre est en précommande
il sera livré à partir du
jeudi 25 octobre 2018

Poète amoureux, Pétrarque chante sa rencontre avec Laure, dame aux cheveux d'or. Le dédain de la belle fit saigner son cœur. Il offre alors à la littérature les plus beaux vers d'amour et aux lecteurs un pèlerinage de vie humaine.

Le Livre

La grande rencontre

Depuis toujours, Diane de Selliers rêvait de réunir dans " La Collection " les trois grands maîtres de la poésie italienne du Trecento. Après le succès de La Divine Comédie de Dante illustrée par Botticelli (1996) et du Décaméron de Boccace illustré par l’auteur et les peintres de son époque (1999) , Pétrarque manquait à l’appel.

Détail des Triomphes, 1502, Église Saint-Pierre-ès-Liens, Ervy-le-Châtel

Détail des Triomphes, 1502, Église Saint-Pierre-ès-Liens, Ervy-le-Châtel

Cette absence est enfin comblée : Pétrarque rejoint notre Collection avec ses Triomphes, un poème allégorique célébré dans l’Europe renaissante, enfin redécouvert.

Une baie unique au monde, un vitrail d’une petite église au cœur de l’Aube illustre ce texte. C’est cette merveille du patrimoine français et de l’histoire de l’art que nous avons choisi de faire découvrir au lecteur. Notre livre réunit deux œuvres inédites : un poème et un vitrail, chacun flamboyant de couleurs et d’émotions.


Détail du Triomphe de l’Amour, 1502, Église Saint-Pierre-ès-Liens, Ervy-le-Châtel

Détail du Triomphe de l’Amour, 1502, Église Saint-Pierre-ès-Liens, Ervy-le-Châtel

Le songe

Tout commence par un songe. Un beau jour de printemps, Pétrarque, assoupi au pied d’un arbre, reçoit une vision : c’est celle de l’Amour personnifié. Il apparaît, magnifique et puissant, sous les traits de Cupidon conduisant un char. Celui-ci est suivi par une foule d’hommes et de femmes, amoureux les plus illustres de l’histoire des hommes marchant derrière lui en cortège. Pétrarque s’approche, en reconnaît certains, en interroge d’autres et écoute leurs histoires. Il finit par rejoindre les rangs de ce cortège de martyrs du dieu Amour, puisqu’il est profondément épris d’une jeune femme, Laure, qui tourmente son âme et ne lui rend pas son amour. Les vers du poète s’associent à la longue plainte de tous ces grands personnages ayant souffert d’Amour : Persée et Andromède, Ulysse et Pénélope, puis Antoine et Cléopâtre, Samson et Dalila, mais aussi Hérode et Mariamne, Lancelot et Guenièvre, et bien d’autres encore. Le cortège est composé d’une cohorte de poètes, avec à sa tête Orphée, suivi par les grands poètes de l’amour grecs et latin, par les toscans, dont Dante, puis par les poètes provençaux à la suite desquels Pétrarque se place.


Détail du Triomphe de la Chasteté, 1502, Église Saint-Pierre-ès-Liens, Ervy-le-Châtel

Détail du Triomphe de la Chasteté, 1502, Église Saint-Pierre-ès-Liens, Ervy-le-Châtel

Le "Triomphe de l’Amour" est troublé par l’arrivée de l’allégorie de la Chasteté, qui apparaît à Pétrarque sous les traits de Laure, la seule capable de réduire à néant les ardeurs de Cupidon. Après un combat dont elle sort victorieuse, Chasteté défile triomphante suivie des vierges, saintes et fidèles épouses de l’Histoire et de la littérature.

Seule la Mort, qui fauche la vie de la jeune Laure emportée par la peste, peut vaincre cette majestueuse Chasteté et donner lieu au troisième Triomphe. Pétrarque rappelle, par la force des vers, sa bien-aimée à la vie : un dernier dialogue a lieu entre le poète et la jeune fille, qui le réconforte et le guide vers un amour plus pur encore. Pétrarque demeure seul face à une souffrance profondément humaine, et suit des yeux le cortège des vies emportées par la Mort.

Le "Triomphe de la Mort" est alors supplanté par celui de la Renommée : les noms glorieux des plus valeureux soldats antiques sont encore sur toutes les lèvres, à l’instar des savants dont les noms nous sont parvenus de l’histoire lointaine. Pétrarque contemple ainsi Hannibal, Hadrien, Aristote ou Tite-Live, qui se serrent dans les rangs du cortège des fidèles de l’allégorie de la Renommée.

La Renommée est à son tour vaincue par le Temps, dont le triomphe efface par l’oubli les plus grandes gloires. Le poète ressent alors le caractère vain de toute entreprise terrestre et regrette de ne pas avoir eu conscience plus tôt du temps et de sa fugacité.

C’est enfin l’Éternité qui apparaît au poète : suprême triomphante du temps et de toute chose, elle est évoquée comme un nouvel espace, une nouvelle temporalité dont la beauté n’a d’égale que celle de Laure. Cette dernière y a trouvé refuge, et Pétrarque se réjouit de pouvoir un jour l’y retrouver.

Le texte


François Pétrarque, début XVIe siècle, Collection Casa del Petrarca, Aqua Petrarca

François Pétrarque, début XVIe siècle, Collection Casa del Petrarca, Aqua Petrarca

Le poète

François Pétrarque (Francesco Petrarca) naît en 1304, à Arezzo près de Florence. Il vit ses premières années entre Avignon, Carpentras, Montpellier et Bologne, années durant lesquelles il apprend le latin, la rhétorique puis le droit. À 24 ans, orphelin de père et de mère, il rentre en Avignon. À cette époque il fait la connaissance de Laure, une jeune dame noble dont il tombe éperdument amoureux et qui ne lui rendra jamais son amour car elle est mariée, et fidèle. Cette rencontre devient le point de départ d’une poésie amoureuse qui fera de lui le poète le plus influent de la littérature européenne à la Renaissance.

Dans les années suivantes, Pétrarque voyage à travers l’Europe : il achète et étudie les manuscrits des auteurs antiques et des Pères de l’Église, entreprend un travail de retour aux sources latines, et découvre les lettres (perdues depuis) de Cicéron qui inspireront sa correspondance. Reconnu comme le premier humaniste par ses pairs pour son travail d’érudition, il multiplie les rencontres et s’entoure d’un impressionnant réseau de penseurs avec lesquels il partage ses trouvailles et parfait son érudition. De son vivant, Pétrarque est ainsi le lettré le plus célèbre de toute l’Europe, et forme avec Dante et Boccace le tre corono fiorentine, le grand trio de la poésie italienne.

Établi à Vaucluse sur les bords de la Sorgue, il s’engage par ses écrits aux côtés des partisans de la papauté romaine contre Avignon, et tente à plusieurs reprises d’intervenir auprès des puissants pour la paix dans les nombreux conflits qui divisent les États italiens. Il quitte définitivement la Provence en 1353 pour passer les vingt dernières années de sa vie entre Milan, Venise, Padoue et Rome. Il meurt en 1374 à Arquà dans la province de Padoue, à l’âge de 70 ans alors qu’il rédigeait une biographie de César.

Sainte Marguerite, détail de la Genèse et du péché originel, 1545, Église Saint-Rémi, Aulnay

Sainte Marguerite, détail de la Genèse et du péché originel, 1545, Église Saint-Rémi, Aulnay

L’œuvre d’un amour au-delà de la mort

Lorsqu’il entame la rédaction des Triomphes en 1338, Pétrarque est âgé de 34 ans et a rencontré Laure onze ans auparavant. Il écrit une première version du « Triomphe de l’Amour » avant d’abandonner son ouvrage sur le métier. Il ne le reprend que dix-neuf ans plus tard, âgé de 53 ans et presque dix ans après la mort de Laure, emportée par l’épidémie de peste noire qui a décimé la population européenne au printemps 1348. C’est un Pétrarque plus âgé, mais aussi extrêmement célèbre qui reprend et corrige le « Triomphe de l’Amour ». Lors des années suivantes et pendant plus de vingt ans, le poète poursuit l’écriture de ce poème allégorique. L’année de sa mort en 1374, Pétrarque rédige le « Triomphe de l’Éternité » et laisse inachevés le « Triomphe de la Renommée » et le « Triomphe du Temps ».

Une œuvre d’érudition, de spiritualité et de poésie

Écrit en italien et composé en six chants (un par allégorie), le poème reprend le modèle antique du triomphe militaire romain, moment où les vainqueurs promenaient leurs prisonniers de guerre pour ajouter à leur humiliation. Pétrarque, par l’imposante et passionnante fresque de personnages réels et fictionnels peinte au fur et à mesure des différents cortèges, fait état de son immense érudition et œuvre à la mise en valeur de la culture antique dans une Europe pré-renaissante. Il fait ainsi du monde chrétien, auquel il appartient, l’héritier du monde antique dont il rappelle les gloires et l’esthétique.

Le texte possède également une dimension initiatique qui se révèle au gré du cheminement de Pétrarque. Éconduit par celle qu’il adore, le poète transforme progressivement son amour qu’il voudrait charnel en amour abstrait et spirituel. Le paroxysme est atteint avec le « Triomphe de l’Éternité », qui apaise le cœur de Pétrarque puisqu’il parvient à aimer Laure d’un amour pur. Les six Triomphes dessinent ainsi un chemin spirituel qui guide le lecteur, à travers la figure de Pétrarque, de l’Amour profane à l’Amour sacré.

Jessé endormi, détail de l’Arbre de Jessé, Début XVIe siècle, Église de l’Assomption-de-la-Vierge, Rosnay-L’hôpital

Jessé endormi, détail de l’Arbre de Jessé, Début XVIe siècle, Église de l’Assomption-de-la-Vierge, Rosnay-L’hôpital


Les Triomphes de Pétrarque sont aussi un chant magnifique des tourments de la vie humaine qui rappelle la fragilité de cette dernière. À un moment où la peste décime la population européenne en quelques années à peine, désolant campagnes et villes en les transformant en « champs de morts », la plume et les larmes du poète ne laissent pas le lecteur indemne. Touché au plus profond de son être par l’amour puis par la perte de cet amour, Pétrarque exprime une douleur à la fois intime et universelle dans une poésie remarquable par sa musicalité et poignante par ses images.


L'iconographie

Détail de la Crucifixion, Début XVIe siècle, Église de l’Assomption-de-la-Vierge, Rosnay-L’hôpital

Détail de la Crucifixion, Début XVIe siècle, Église de l’Assomption-de-la-Vierge, Rosnay-L’hôpital


Le texte des Triomphes de Pétrarque a fortement marqué l’histoire de l’art. Le motif des chars, hérité de la tradition antique, a été repris par nombre d’artistes ; les figures de Pétrarque et de Laure surgissent parfois dans des œuvres italiennes ; de superbes miniatures ont également orné des manuscrits des Triomphes. Mais c’est par une iconographie méconnue, audacieuse et originale que le texte de Pétrarque est sublimé : nous nous sommes tournées vers les vitraux du XVIe siècle du département de l’Aube, et plus particulièrement vers le vitrail qui est le fil rouge de notre livre : la baie d’Ervy-le-Châtel, la seule au monde illustrant les Triomphes, rencontrée par un heureux hasard en 2016.

Baie des Triomphes, 1502, Église Saint-Pierre-ès-Liens, Ervy-le-Châtel

Baie des Triomphes, 1502, Église Saint-Pierre-ès-Liens, Ervy-le-Châtel

La baie des Triomphes d’Ervy-le-Châtel : un vitrail unique au monde

Un livre illustrant les Triomphes n’aurait pu se passer de la pièce unique qu’est la baie des Triomphes d’Ervy-le-Châtel. Actuellement exposée à la Cité du Vitrail de Troyes, cette baie datant de 1502 provient de l’église Saint-Pierre-ès-Liens située dans la ville d’Ervy-le-Châtel. Petit bourg de l’Aube méridionale situé près de Troyes, Ervy était l’une des villes-étapes des marchands du sud en route vers les célèbres foires de Champagne.

« Tant par le sujet qu’il illustre que par les textes qu’il met en jeu, le vitrail d’Ervy apparaît, à sa date, comme une pièce exceptionnelle, un unicum ».

Ce vitrail est une interprétation exceptionnelle des Triomphes, qui lie avec subtilité le texte humaniste de Pétrarque et les préoccupations morales d’une femme du XVIe siècle. Le vitrail d’Ervy est une donation attestée à l’église de la ville, comme en témoigne la représentation de ses donateurs, Jehanne Leclerc et son mari Pierre Girardin, de part et d’autre de la Vierge en bas de la baie. Même si les motivations du choix des Triomphes par les donateurs restent mystérieuses, nous pouvons supposer que l’œuvre de Pétrarque est parvenue à Ervy par l’entremise de manuscrits italiens, ou des fragments de l’œuvre en latin, qui circulent dès la mort de Pétrarque.

Le vitrail d’Ervy est au cœur de l’ouvrage : ses six figures allégoriques illustrent le texte de Pétrarque et regorgent de détails surprenants. Le lecteur découvrira un couple passant sous le char de l’Amour, les instruments de torture de la Chasteté prête à le vaincre, le monde entier tenu dans la main de la Renommée… La richesse de son exécution et la qualité de sa conservation en font un chef-d’œuvre du « Beau XVIe  », style de vitrail remarquable à ses couleurs vibrantes, aux sertissages de plomb accentuant le dessin, à l’utilisation de jaune d’argent et à des découpes de verres complexes.

Le vitrail de l’Aube au XVIe siècle, un patrimoine incomparable

Avec plus de 1 000 baies recensées, le département de l’Aube est la plus riche région de France en vitraux du XVIe siècle. De Troyes à Bérulle en passant par Chavanges et Auxon, une sélection de verrières découvertes dans de nombreuses églises vient magnifiquement compléter le vitrail d’Ervy. Le lecteur pourra découvrir des vitraux insoupçonnés et renouer avec quelques baies célèbres, comme le vitrail emblématique de la Création de l’église Sainte-Madeleine de Troyes. Ce travail au cœur de L’Aube rend hommage à un patrimoine exceptionnel et à l’art des peintres-verriers.


Détail du Triomphe de la Chasteté, 1502, Église Saint-Pierre-ès-Liens, Ervy-le-Châtel

Détail du Triomphe de la Chasteté, 1502, Église Saint-Pierre-ès-Liens, Ervy-le-Châtel

Des prises de vues exceptionnelles

Enchâssés dans leur écrin de pierre, les vitraux restent bien souvent dans l’ombre de leur édifice. Puisque nous aimons partager avec nos lecteurs des œuvres méconnues, les Triomphes représentent l’apothéose de cette philosophie; grâce à l’utilisation d’une technologie de pointe impliquant notamment des drones, le livre dévoile des œuvres cachées et inaccessibles à l’œil humain.

Pendant plusieurs semaines, à l’affût de conditions météorologiques favorables, le photographe Christophe Deschanel et la conservatrice Flavie Vincent-Petit ont arpenté l’Aube pour mener la campagne photographique qui nous a permis de reproduire les vitraux qui illustrent les Triomphes. Inédits, d’une qualité incomparable et constante, ces clichés présentent des œuvres pour la plupart inconnues du grand public et n’ayant jamais été photographiées, dans lesquelles le lecteur découvrira des détails qu’il ne pourrait voir à l’œil nu, à cause de leur taille (parfois quelques millimètres) et de leur emplacement.

Libérés de l’empreinte du temps et de leurs restaurations anciennes, des plombs de casse qui les balafraient et qui en brouillaient la lecture, plusieurs de ces vitraux revivent dans notre livre, comme ceux de l’église d’Aulnay, mis en caisse depuis les années cinquante et tenus depuis trop longtemps loin des regards. Les lecteurs des Triomphes découvriront ainsi en primeur l’éclat retrouvé de ces baies touchantes, parmi les plus belles de l’Aube.


Détail de la Crucifixion, Début XVIe siècle, Église de l’Assomption-de-la-Vierge, Rosnay-L’hôpital

Détail de la Crucifixion, Début XVIe siècle, Église de l’Assomption-de-la-Vierge, Rosnay-L’hôpital

Un traitement moderne du vitrail

Le vitrail est un médium très particulier, à l’observation rendue complexe par sa dépendance à la lumière. L’un des défis des Triomphes de Pétrarque illustrés par le vitrail de l’Aube au XVIe siècle est de réussir à donner à voir cette forme de peinture – car il s’agit bien de peinture – dans toute sa complexité artistique et technique.

Les choix de cadrages insufflent une grande modernité à cet art : les grandes verrières aux programmes iconographiques complexes, insaisissables et distanciées deviennent des œuvres accessibles et touchantes. Les détails issus d’immenses baies, de pièces de macédoine ou de scènes particulièrement dynamiques forment un ensemble d’illustrations qui orientent le regard du lecteur, lui permettant de poser un instant ce regard sur un panneau, une pièce de verre sertie de plomb transformée peu à peu en miniature ou en tableau.

Ce regard contemporain sur l’art du vitrail révèle sa nature méditative, fragile et apaisante, en particulier dans ses moments d’abstraction, créant ainsi un mariage parfait avec la poésie de Pétrarque.


Détail d’une verrière composite, Début XVIe siècle, Église Saint-Jean-au-Marché, Troyes

Détail d’une verrière composite, Début XVIe siècle, Église Saint-Jean-au-Marché, Troyes


Les apports

La traduction

Une nouvelle traduction inédite

Les Triomphes n’avaient pas fait l’objet d’une traduction intégrale en français depuis les années 1930. Près d’un siècle sépare donc cette nouvelle traduction de Jean-Yves Masson de la dernière version existante, composée alors en alexandrins dans une langue très francisée et éloignée de l’original italien.

Jean-Yves Masson est écrivain, traducteur, critique littéraire et professeur de littérature générale et comparée à l’université Paris-Sorbonne : mais il est avant tout poète. Et il fallait le talent d’un poète pour traduire la langue italienne du XIVe siècle dans une langue française vivante et actuelle. Pour Jean-Yves Masson, c’est la régularité du rythme qui conduit au sens de ce poème allégorique (une lecture à voix haute permet d’ailleurs d’en pénétrer plus directement la signification). Afin de rester fidèle à la forme et la structure des Triomphes, il s’astreint à une règle fondamentale : suivre le texte vers à vers, en respectant le nombre de vers de l’original. Pour rester au plus proche du rythme de l’endécasyllabe italien, Jean-Yves Masson a choisi le décasyllabe, dont la cadence et la pulsation du vers, permet de restituer le sens. Il laisse de côté la rime, qui l’obligerait à d’impossibles distorsions de sens, et le vers libre, qui déforme l’architecture du poème. Le décasyllabe, vers d’élection des poètes français du XVIe siècle au moment où la réception de l’œuvre de Pétrarque en France et en Europe est au plus fort, s’est ainsi imposé au traducteur.


Le choix de la traduction en langue contemporaine

Jean-Yves Masson a également fait le choix de traduire Pétrarque dans un vocabulaire contemporain, plutôt que dans une langue archaïsante et artificiellement proche de l’époque de Pétrarque. Il met ainsi l’accent sur le rapprochement entre l’œuvre et le lecteur contemporain, sans pour autant déroger à l’exigence lexicale propre à la langue de Pétrarque, une langue noble qui s’adresse à un public d’érudits. Avec cette nouvelle traduction, Jean-Yves Masson parvient à ce point d’équilibre alliant l’érudition de la langue, l’accessibilité et l’immédiateté de l’image poétique provoquant l’émotion du lecteur.

Une édition bilingue avec le texte original italien

Afin de prolonger le bonheur de la traduction de Jean-Yves Masson, et pour le plaisir de la musicalité italienne des mots choisis par Pétrarque, nous offrons également à nos lecteurs la possibilité de naviguer d’une langue à l’autre grâce au texte original présenté en regard de la traduction.


L’appareil critique

Les introductions

Une introduction à l’art du vitrail au XVIe siècle – Flavie Vincent-Petit

Flavie Vincent-Petit retrace la genèse de l’âge d’or du vitrail champenois, le « beau » XVIe siècle. Dans un contexte économique florissant, lié à une stabilité politique retrouvée, les grands chantiers d’églises et de cathédrales se multiplient, donnant lieu à de nombreuses commandes de vitraux de la part de riches mécènes (bourgeoisie commerçante, confréries, chapitres d’abbayes). Elle montre alors comment la région de Troyes, au croisement de deux grands axes routiers, devient un carrefour d’influences artistiques et l’une des principales capitales du vitrail européen.

La Trinité du vitrail : architecture, lumière et peinture - Flavie Vincent-Petit

Libérée d’une définition trop étroite comme simple assemblage de verre et de plomb, Flavie Vincent-Petit nous livre dans ce texte sa propre vision du vitrail : une composition lumineuse indissociable de son contexte et associant dimensions pratiques, artistiques et spirituelles. Structuré par son cadre architectural, le vitrail transfigure celui-ci et le sublime. Inondant la pierre d’une ambiance onirique, la lumière filtrée par la couleur se fait divine. C’est dans ce dialogue fécond entre fragilité lumineuse, vibration du détail peint et monumentalité architecturale que s’installent l’immatériel et le céleste.


Comment lire Les Triomphes aujourd’hui ? – Jean-Yves Masson

Comment lire aujourd’hui Les Triomphes de Pétrarque ? C’est la question à laquelle Jean-Yves Masson s’attelle dans son introduction, nous donnant des clés de lecture pour rendre sensible l’aspect radicalement novateur de ce texte méconnu du public français. Rétablissant l’auteur dans son contexte, Jean-Yves Masson nous aide à percevoir la force et la nouveauté de la conception de l’amour humain selon Pétrarque qui se diffusera dans toute l’Europe pendant des siècles. Jean-Yves Masson dépoussière les Triomphes et dévoile au lecteur du XXIe siècle un sommet de la poésie européenne, au fondement de l’humanisme naissant.


Mon regard sur le vitrail des Triomphes : la voie d’Amour – Paule Amblard

Dans son introduction, Paule Amblard fait revivre la peine d’amour d’une femme du XVIe siècle ayant perdu son mari et choisissant de l’honorer par cette représentation en vitrail des Triomphes. Plus d’un siècle après la publication initiale du texte de Pétrarque, le vitrail d’Ervy-le-Châtel en est une interprétation chrétienne et allégorique. En cette fin du Moyen Âge, l’art est symbolique, il se veut porteur d’un enseignement, que Paule Amblard décrypte alors avec humanité, nous faisant pénétrer dans un vertigineux réseau de significations. Le vitrail devient chemin d’évolution : à la fois voie spirituelle, initiation chrétienne et manifeste philosophique interrogeant sur le sens de la vie.

Sainte Rose, détail de la Vie de saint Roch, 1528, Église Saint-Étienne, Bar-sur-Seine

Sainte Rose, détail de la Vie de saint Roch, 1528, Église Saint-Étienne, Bar-sur-Seine

Des commentaires iconographiques

Pour accompagner le vitrail d’Ervy-le-Châtel et la centaine de détails des vitraux de l’Aube qui illustrent le texte de Pétrarque, Paule Amblard et Flavie Vincent-Petit proposent un éclairage symbolique et technique. Les vitraux présentés sont ainsi examinés sous leur regard et révèlent au lecteur la profonde richesse de symboles qu’ils contiennent.

Un superbe glossaire illustré

Conçu pour permettre d’apprécier le talent des maîtres-verriers et comprendre les étapes de fabrication d’un vitrail, ce glossaire met en parallèle des photographies prises en atelier et des illustrations du résultat tel qu’il peut être vu dans le vitrail du XVIe siècle. Il montre les subtilités de la fabrication d’un décor peint sur verre, en attirant l’attention sur l’exécution. Ce glossaire contient une définition revue du mot « vitrail », que l’auteure Flavie Vincent-Petit a eu l’occasion de penser et repenser au fil de ses années passées à travailler la matière, à créer ses propres pièces et à côtoyer les chefs-d’œuvre du genre.

Détail du Triomphe de la Chasteté, 1502, Église Saint-Pierre-ès-Liens, Ervy-le-Châtel

Détail du Triomphe de la Chasteté, 1502, Église Saint-Pierre-ès-Liens, Ervy-le-Châtel