L'Épopée de Gilgamesh illustrée par l'art mésopotamien est disponible dans la Petite Collection !

La Montagne de sel de Mimmo Paladino

|
1 octobre 2026
Mimmo Paladino, La Montagne de sel
Article de Diane de Selliers

La côte sicilienne se laisse deviner dans le lointain, couverte d’une brume légère… Au nord, les sommets se détachent, comme autant d’îles alignées sur l’horizon. En se rapprochant, au rythme lent de la navigation, je pense à Ulysse et à ses trirèmes, découvrant des terres nouvelles, anxieux et heureux de nouvelles aventures. Des bandes de terres basses apparaissent, reliant ces îlots montagneux, et l’île se lie, chapelet d’histoires et de prières, où tant de civilisations se sont entrechoquées, succédées, sur cette terre célèbre, ancien carrefour maritime et grenier à blé de l’Italie.

 

Nous sommes en route pour Gibellina, une ville au centre de la Sicile, entre Palerme au nord, Trapani à l’ouest et Mazzaro del Vallo au sud, non loin du temple grec de Ségeste, d’une beauté parfaite et magnifiquement conservé.

 

Gibellina fut détruite en 1968 par un tremblement de terre, et reconstruite avec la participation étroite de nombreux artistes, dont Mimmo Paladino qui créa la Montagne de sel, œuvre imposante et bouleversante, composée de trente chevaux en bois semblant surgir de l’antiquité grecque, qui gisent, s’enfoncent ou se dressent, le corps à moitié enfoui dans la blancheur éclatante du sel.

 

Pourquoi mon besoin si vif d’être en présence et en communion de cette Montagne de sel ?

 

Cette œuvre, créée comme décor pour La fiancée de Messine de Schiller au festival des Orestiades à Gibellina en 1990, conçue pour une nuit de pleine lune, tout en contraste entre le blanc du sel et la noirceur des chevaux, est pour moi évocatrice de l’immensité et de l’éternité, de la vie et de la mort, du silence de la nuit et de la résurgence du temps. Elle m’interpelle.

 

Et surtout…

Alors que le film de Christopher Nolan bat des records d’entrée dans les salles de cinéma, éveillant chez tant de spectateurs le désir de revivre les aventures d’Ulysse dans l’Odyssée, je m’interroge.

 

Christopher Nolan s’est-il inspiré de la Montagne de sel de Paladino lorsque son cheval émerge du sable prêt à pénétrer dans Troie et ravager la cité ?

Christopher Nolan a tourné de nombreuses scènes du film Odyssée dans l’île de Lipari, au nord de la Sicile et dans l’île de Favignana, à l’ouest de celle-ci. Avant de choisir ces lieux, a-t-il sillonné les terres de l’intérieur de l’île dont les étendues vallonées et douces séparent falaises et sommets montagneux ?

S’est-il rendu à Gibellina, par hasard, par curiosité, ou pour voir les chevaux de Paladino ?

A-t-il eu un choc émotionnel, comme celui que j’ai ressenti, en les découvrant ?

A-t-il eu envie de s’en inspirer et de faire jaillir son cheval de Troie du sable plutôt que le construire ?

À ma connaissance, Christopher Nolan ne s’est pas exprimé sur la question.

Personne ne l’a lui a sans doute posée. Laissons donc parler les images…

À cette occasion, je vous invite à découvrir, ou redécouvrir, dans notre Petite Collection, l’Odyssée d’Homère dans la traduction de Victor Bérard, illustrée des quatre-vingt-douze dessins et peintures de Mimmo Paladino créés pour cette édition. Ils accompagnent avec émotion, puissance et une sensibilité toute en finesse et suggestion, venue de sa culture profonde des civilisations grecque, latine et byzantine, l’œuvre qui, au-delà des mers et du temps, nourri notre imagination, notre humanité, nos rêves et nos désirs et nous tire vers le haut. En attendant la sortie, en Petite Collection, de l’Iliade illustrée par le même Mimmo Paladino.

 

Diane de Selliers

Découvrez dès maintenant

L’Odysssée d’Homère illustré par Mimmo Paladino