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Les oiseaux du paradis

Il ne vous reste plus que quelques jours pour vous rendre à l’exposition « Paradis d’oiseaux » organisée par l’École des arts joailliers avec le soutien de Van Cleef & Arpels , où est exposée une collection de broches représentant des oiseaux, au sol, sur une branche, puis dans les airs, mise en perspective avec les collections du Muséum d’histoire naturelle et du Musée des arts décoratifs.


HISTORICITÉ DES OBJETS DU LUXE

L’évolution dans le traitement de l’oiseau en joaillerie durant les XIXe et XXe siècles correspond aux grands mouvements de l’histoire des arts. Par exemple, la prolifération d’hirondelles correspond à la popularité du Japonisme parmi les artisans de l’Art Nouveau. Les artistes, comme Georges Braque, vont aussi être à l’origine de créations : l’art abstrait se prête particulièrement à la représentation d’oiseaux, sa force d’évocation convenant à un modèle facilement identifiable (un ovale, deux traits…). Enfin, du Pop Art découle des oiseaux très stylisés et souvent amusants, comme par exemple un hibou cartoonesque qui fait un clin d’œil.

La pluralité des espèces permet aux joailliers de puiser dans une source d’inspiration conséquente, autant pour les couleurs que les formes. Le travail de joaillerie dépend aussi du marché des pierres et métaux précieux, ainsi en période de guerre remarque-t-on un travail plus délicat de l’or, qui, privé de sa carapace de diamants, doit faire bonne figure.

De même, la production d’une broche représentant un oiseau dans une cage est caractéristique d’une période de l’histoire de France : lors de l’Occupation, ce type de bijou allégorique était très prisé. Le bijou étant articulé, les Français ne manquèrent pas d’ouvrir la cage au moment de la Libération.

MULTIPLICITÉ DES ALLÉGORIES

L’oiseau porte en lui une grande symbolique, de la colombe de la Genèse au coq gaulois en passant par l’aigle cher aux empereurs. Nobles et éthérées sont les hirondelles en diamant, et ridicules les poules stylisées. Le plumage du paon est l’exemple parfait de l’ambivalence et de la symbolique des oiseaux, permettant aux artistes les plus grandes fantaisies. Il illustre les deux versants de la perception du paon dans la culture : à la fois symbole de majesté, de beauté, et d’une vanité ridicule. Le verset d’Apollinaire le décrit parfaitement.

En faisant la roue, cet oiseau,
Dont le pennage traîne à terre,
Apparaît encore plus beau,
Mais se découvre le derrière.

Apollinaire, Le Bestiaire, 1911





LA STYLISATION MAXIMALE : PIERRE STERLÉ ET SES OISEAUX-GEMMES

De nombreuses œuvres de Pierre Sterlé sont exposées : cet artiste délaisse le traitement naturaliste au profit d’une abstraction accompagnée d’une technicité dans la monture des pierres et le travail de l’or. D’un coquillage ou d’une tourmaline, il crée un petit oiseau de paradis moderne, d’un aspect à la fois brut et d’une majestueuse délicatesse, qui fascine la scène artistique parisienne, comme Foujita ou Colette.





MISES EN PERSPECTIVE

Les pièces des collections du Museum d’histoire naturelle exposées en regard des broches en éclairent l’histoire. Les planches des naturalistes présentent, en plus de l’apport pour la science, un intérêt artistique par la précision et la beauté des aquarelles. La documentation naturaliste apporte une connaissance de plus en plus large sur la diversité des espèces, et offre aux joailliers la possibilité d’imaginer de nouveaux modèles, transposant l’organique au minéral.

À cela s’ajoutent d’autres exemples de savoir-faire liés au bijou, que ce soit l’art de la plumasserie, parfois intégrées aux créations, des réclames Art Déco, et des gouachés, petit dessin technique qui sert de guide à toutes les étapes de la fabrication d’un bijou.

Cet écho entre les différents arts et techniques liés aux broches d’oiseaux tout le long de l’exposition nous rappelle notre volonté de faire dialoguer des textes fondateurs et des illustrations. L’exposition nous évoque plus directement Le Cantique des oiseaux de Farîd-ud-Dîn ’Attâr, illustré par la peinture en Islam d’orient : les miniatures persanes viendront prolonger le moment suspendu que nous offre l’exposition « Paradis d’oiseau ».

Merci au scénographe Martin Strouk pour son travail et la visite détaillée de l’exposition.

Paradis d’oiseaux
École des arts joailliers, avec le soutien de Van Cleef
31 rue Danielle Casanova, Paris 1er
Entrée libre
Jusqu’au 13 juillet 2019

Pour découvrir notre livre :
Le Cantique des Oiseaux de Farîd od-dîn ’Attâr illustré par la peinture en Islam d’orient
The Canticle of the Birds by Farîd-ud-Dîn ’Attâr illustrated through Persian and Eastern Islamic Art

Les illustrations de cet article proviennent du site Internet de l’exposition de l’École des arts joailliers.