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Faust par Robert Wilson

Je n’avais lu que des extraits du Faust de Goethe avant d’aller voir, dimanche dernier, la mise en scène qu’en propose Robert Wilson au Théâtre du Châtelet. Pendant quatre heures, depuis la salle Second Empire, j’ai découvert le texte, ou plutôt le regard que Wilson porte sur ce texte. Et quelle découverte ! Le metteur en scène américain dit lui-même qu’il privilégie l’effet sur le sens, car l’effet vient d’abord et que le sens suit – ou non.

Sous sa direction, les acteurs du Berliner Ensemble incarnent les mots de Goethe d’une manière très particulière: ils le dansent, le miment, le crient, le grognent, le grincent et le chantent sur la musique entraînante d’Herbert Grönemeyer. Goethe et Wilson nous plongent avec Faust dans un monde étrange, merveilleux et bizarre, depuis la scène encadrée d’ampoules jaunes de fête foraine ou de music-hall. L’esthétique qui porte l’ensemble est radicale. Les couleurs – le rouge, le noir, le blanc – sont sans concession. Les matières le sont tout autant, Jacques Raynaud habillant les personnages de cuir, de velours et de paillettes. On voudrait ne pas quitter cet univers endiablé.

Par-dessus tout, on se souvient en effet du remarquable Méphistophélès écarlate interprété par Christopher Nell. C’est un frère de celui qu’Eugène Delacroix représente au XIX e siècle. Il est fait d’angles aigus et d’un sourire grinçant. Le parallèle ne s’arrête pas là : comme dans les œuvres du peintre romantique, Robert Wilson fait de Méphisto et non de Faust le héros de la pièce. Delacroix et Wilson finissent tous les deux par confondre, par rapprocher voire fusionner le Diable et le docteur Faust au fur et à mesure de la chute de ce dernier.

Delacroix a découvert Faust sans l’avoir lu, lors d’une représentation qu’en faisait une troupe anglaise au Théâtre royal de Drury Lane. Les œuvres qu’il réalise par la suite sur ce thème portent la marque de ce premier contact visuel. Delacroix écrit à ce sujet : « C’est le Faust de Goethe, mais arrangé : le principal est conservé. Ils en ont fait un opéra mêlé de comique et de tout ce qu’il y a de plus noir. […]L’effet ne peut aller plus loin sur le théâtre . » Le peintre aurait sans doute choisi les mêmes mots devant la mise en scène de Robert Wilson.

Mathilde Leïchlé, stagiaire éditoriale.