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Exposition Anselm Kiefer au Centre Pompidou

Si vous n’avez pas encore poussé la porte de l’exposition consacrée à Anselm Kiefer, prenez le temps d’une escapade au cœur de l’œuvre de ce peintre-poète.

L’artiste est fasciné par le pouvoir des mots et par les livres, qu’il utilise comme matériaux dans ses œuvres. L’exposition donne à voir sa passion pour la poésie, et notamment pour l’œuvre de Paul Celan car il intègre à certaines de ses toiles des vers écrits par le poète. L’univers très sombre d’Anselm Kiefer est marqué par la barbarie de la Seconde Guerre mondiale comme l’est la poésie de Paul Celan.

A la fin des années 1990, les toiles s’illuminent, la couleur jaillit de champs de fleurs inspirés par Van Gogh, Rimbaud … De ses paysages brûlés, Anselm Kiefer nous entraîne vers l’espoir d’un avenir plus doux même si la noirceur n’est jamais loin. Lorsqu’il peint les champs de fleurs, c’est au son des vers de Rimbaud dans « Le Dormeur du val », dont il reprend le titre. La nature a repris ses droits, la lumière renaît mais elle porte toujours l’ombre qui sommeille.


C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Souriait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Rimbaud, Poésies, « Le Dormeur du val »